Un individu exceptionnel vaut il mieux qu’une bonne équipe ?


Mark Zuckerberg a récemment créé la polémique en rachetant une startup du web pour 47 millions de dollars. Cette somme représente  environ 4 millions de dollars par employé de la société.

A travers cette opération Zuckeberg ne s’intéresse pas à l’acquisition d’une technologie mais à celle de talents, ou « talent acquisition ». Et ce n’est pas un cas isolé : les « talents » s’arrachent à des prix d’or.

Le PDG de Facebook déclarait à cette occasion que « quelqu’un d’exceptionnel dans son domaine n’est pas juste un peu mieux que quelqu’un de plutôt bon, il est 100 fois meilleur » (NDLR).

Peut-on en effet vraiment dire que certaines personnes exceptionnelles en valent 100 qui font « normalement » leur métier ? Car avec ces 47 millions dépensés par Facebook pour recruter 12 personnes, ce sont des centaines d’ingénieurs qui auraient pu être embauchés…on parle d’une personne qui ferait un meilleur travail que 100 réunies !!! Qui peut prétendre ça ?

Posons la question autrement, si vous aviez 47millions à investir, vous le feriez sur 10 personnes exceptionnelles ou 1000 juste « bonnes » ?

Cette stratégie possède en effet ses détracteurs, à l’image de Bill TAYLOR, cofondateur du magazine Fast Compagny.  Selon lui, une personne n’a aucune valeur sans une équipe, une organisation pour la porter. Il prend pour exemple la meilleure équipe de football de tous les temps, le FC Barcelone. Pourquoi ce club a su rester exceptionnel malgré la mobilité de ses joueurs ? En capitalisant sur un travail et un esprit d’équipe, comme tout grand club fait. Car vous pouvez avoir les meilleurs joueurs du monde, cela n’en fera pas la meilleure équipe, hors c’est ainsi que les matchs se gagnent.

L’exemple sportif est parlant, mais pas suffisant. Si IBM a pu fêter son centième anniversaire, c’est parce que cette multinationale a compris depuis longtemps que les groupes sont aussi important que les individus. Leur philosophie est exposée dans un manuel de « best practices » à l’intention des jeunes talents. « Pour être clair, » peut-on y lire, « quand vous quittez Extreme Blue pour rejoindre un autre groupe au sein d’IBM (ou toute autre société d’ailleurs), nous vous suivons. Et si nous découvrons que la façon dont vous managez favorise l’arrogance, nous oublierons que nous vous avons un jour connu. Soyez ambitieux. Soyez un leader. Mais ne sous-estimez pas les autres dans la poursuite de votre ambition. »

Et pensez-vous qu’on fêtera un jour les 100 ans de Facebook?

A long terme, l’expérience montre que ce sont les équipes qui tiennent, et pas les individualités exceptionnelles. Par exemple, d’excellents professionnels débauchés par des entreprises ont vu leurs performances chutées car le contexte de travail était différent.

Et pourtant…

Pourtant, le principe de l’enrichissement par la différence, de la démultiplication du potentiel en groupe, du « 1+1=3 » ne tient pas avec l’idée de personnalités exceptionnelles. Oui, deux personnes « moyennes » sont capables de plus que deux fois le travail d’une personne « moyenne »  (comprenez 1 moyen + 1 moyen = un peu plus que 2 moyens). Maintenant comparez le travail de deux personnes « moyennes » vs le travail d’une autre exceptionnelle…

Concrètement, combien de personnes  faudrait-il pour battre un Kasparov aux échecs ? Combien en faudrait-il pour créer l’effet d’annonce de Steve Jobs à la sortie de la dernière production Apple ? Combien de peintres moyens pour égaler la contribution de  Magritte au surréalisme ?

On peut multiplier les exemples, le résultat reste le même : prenez la meilleure personne dans son domaine, aucune alliance ne pourra prétendre l’égaler.

En fait, comme le dis Jeff Stibel, notre cerveau fonctionne très bien individuellement, et il n’y a pas d’organisation collective qui améliore la décision de la personne la plus compétente pour la prendre. C’est pour cela que les entreprises sont dirigées par un individu, pourquoi les concepteurs travaillent seuls, pourquoi les programmateurs sont exponentiellement plus rapide qu’ils sont moins nombreux sur un projet, pourquoi les artistes collaborent rarement…

Scott ANTONY explique aussi en quoi trop d’interactions est néfaste pour l’innovation. Plus le nombre de décideurs est important et plus les idées se « moyennisent » pour convenir à tous. Elles se diluent plus qu’elles ne s’enrichissent. Et finalement, après maintes réunions, la formule qui apparait comme le meilleur compromis  est celle actuellement en place – celle-là même que tout le monde voulait faire évoluer.

Pour autant, l’autocratie est-elle la meilleure solution d’efficacité et d’innovation ?

Non, car le décideur se retrouvera seul, et on ne bâtit pas des empires en étant seul, à l’image du Barca et d’IBM.

En prenant du recul et en synthétisant ces expériences de grands groupes et d’individualités exceptionnelles, il est possible d’en retirer une stratégie qui ne va pas à l’encontre de ces deux perspectives : limiter les équipes au strict minimum, en les composant de spécialistes… et utiliser l’entité équipe comme coordination et non réalisation. Et c’est loin d’être évident.

Simon Baron – R&D Manager